TOMATES ET LAURIERS

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Tomates...  à l'église St-Pierre de Bale

 

 

Scandaleux licenciement de l’organiste de l’église Saint-Pierre à Bâle : le calvaire d’une organiste

 

On croyait que ces choses n’arrivaient que dans les mauvaises séries de télévision. Le scandaleux licenciement de cette collègue de la ville rhénane, décidé tranquillement par quelques notables, pose le problème de la manière dont est conduite l’Eglise réformée bâloise, qui avait déjà, ces mois passés, fait parler d’elle pour plusieurs affaires : licenciements de pasteurs et autres collaborateurs qui ne marchaient pas droit, et absence de poursuites contre le président de l’église bâloise qui, au volant de sa voiture, a blessé intentionnellement un piéton sur la place de stationnement de l’administration ecclésiastique parce que celui-ci y avait stationné quelques minutes, le temps d’attendre son fils qui chantait dans la Knabenkantorei. L’évêque coupable s’explique ensuite dans la Basler Zeitung : c’était durant le temps de la Passion et à cette période les gens sont particulièrement stressés… On dit, dans les milieux initiés, que l’église bâloise appartient à quelques familles de notables, qui y font ce qu’ils veulent.

 

Le lecteur jugera :

 

Ainsi donc, après quinze ans de service impeccable, au cours desquels elle a développé une association de concerts et une série de prestigieux rendez-vous musicaux très appréciés et très suivis, assuré son service liturgique de manière exemplaire et animé toute une série pédagogique sur la musique d’Eglise, Babette Mondry, organiste titulaire de l’orgue de l’église St. Peter, est licenciée brusquement et sans préavis, le 27 novembre 2014.

 

Le document officiel du conseil de paroisse loue son « engagement au-dessus de la moyenne pour une musique d‘Eglise soigneuse et d’une expression pleine de force à Saint-Pierre », ses « grandes compétences musicales et sa science de la musique religieuse » et relève que « sa manière de jouer de l’orgue était très appréciée par chacun et a contribué de manière essentielle au rayonnement de l’église Saint-Pierre comme lieu culturel et musical en ville de Bâle et bien au-delà ».

Pour le négatif, on ne parle que d’incompatibilité d’humeur.

Après plusieurs semaines de refus de faire connaître les raisons officielles du licenciement, soi-disant « pour la protection de Babette Mondry elle-même », l’Eglise a finalement publié les motifs suivants : « dissensions graves, problèmes de compétence avec la concierge pour des questions d’occupation de l’église, et enregistrement d’une séance sans en avoir demandé l’autorisation ». A noter, sur ce dernier chef, que, le soir même, des excuses étaient présentées et la bande magnétique détruite.

 

Malgré plusieurs centaines de lettres de protestation de Bâle et de partout (parmi lesquelles Olivier Latry et Ton Koopman), malgré que plusieurs membres de l’Eglise réformée, dont des professeurs de théologie, ont donné leur démission et sont sortis de l’Eglise, le licenciement n’a pas été remis en question. Durant les semaines qui ont suivi le licenciement, plusieurs collaborateurs de l’Eglise ont dû interrompre leur soutien à Babette Mondry suite à des menaces.

 

Comment est-il possible qu’après quinze ans de collaboration dans la paix et l’harmonie, on s’aperçoive subitement que l’organiste est une personne avec qui on ne peut pas travailler ?

On aurait quand même pu, depuis le temps, s’en apercevoir…

Il y a eu à Bâle une réorganisation des paroisses de la ville en un petit nombre de plus grandes paroisses. A cette occasion, changement des conseils de paroisse. A Saint-Pierre, le travail d’organisation des concerts devient lourd et l’organiste cherche à s’entourer d’un comité pour lui prêter main-forte.

 

Voici qu’entre en scène un personnage bien connu en ville, ancien conseiller d’Etat, non réélu, et fondateur d’un parti politique avorté.

Il se trouve, chose intéressante, que l’actuel président du conseil de paroisse de Bâle-Ouest, responsable de Saint-Pierre, était engagé dans le comité de campagne pour la réélection manquée dudit personnage.

Cherchant à se profiler dans le monde de la musique (il s’est également offert comme président de la société des concerts du Münster, offre refusée), notre politicien propose ses services, à condition d’être nommé président de la société des concerts de Saint-Pierre.

 

Il trouve sa protégée sympathique et la soutient bien au début de son activité. Il l’aide à obtenir un meilleur salaire, prend des leçons d’orgue avec elle, puis il lui propose des séances de « coaching » qu’il lui donnerait lui-même. Ces séances ont lieu au domicile de notre collègue, qui vit seule.

 

Il est important, dans ce genre de relation, de fixer clairement les limites des rapports entre les protagonistes. Notre collègue s’en aperçoit un peu tard et veut mettre les choses au point : les séances de coaching sont interrompues, les leçons d’orgue également. Aussitôt, les difficultés commencent.

 

Tout d’abord à la société de concerts : le président et quelques amis cooptés au comité se mêlent de domaines qui ne sont pas de leur compétence : aspect de la publicité, engagements d’artistes. La titulaire se rebiffe : en réponse, menaces, insultes orales et écrites, manque de respect. Puis, grâce à son vieil ami le président du conseil de paroisse, notre personnage fait créer un lien officiel entre la société des concerts et la paroisse, et le poison est ainsi distillé aussi dans le travail paroissial. Les menaces apparaissent désormais également dans la correspondance avec la paroisse.

 

Contacté début novembre afin d’expliquer la situation, le pasteur de la paroisse soutient que tout va bien et ne lâche pas un mot, alors que probablement, le licenciement est déjà décidé. Alors que la collaboration avec Babette Mondry continue à se dérouler sans problème, il ne fait pas un geste pour calmer ses camarades et son président. Les lettres mielleuses et les déclarations se suivent tous azimuts et dégoulinent d’amour chrétien. On va jusqu’à insinuer que, sujet à des périodes d’épuisement, c’est son organiste qui en est la cause.

 

Au bout d’une quinzaine de jours, Babette Mondry est licenciée. La vraie raison est évidente, tout le monde l’a devinée : mais à Bâle, personne ne bougera.

 

Est-ce la fin de cette dégoûtante histoire ? Plusieurs amis de notre collègue se réunissent pour la protéger. Mais après une histoire comme celle-ci, quelle serait l’atmosphère de travail ?

Notre collègue Rudolf Meyer pose la question : « Soll man einmal ausmisten in Basel-West ? » (Ne faudrait-il pas une bonne fois sortir le fumier à Bâle-Ouest ?)

(gb)