EDITORIAL  (67-4)

 

 

Réflexion en cours (et le temps qui passe) : faut-il abandonner la revue sur papier, et publier en ligne ? Tout à l’écran, plus rien dans la boîte aux lettres?

 

Notre TDLO, qui compte maintenant dans son comité quelques jeunes gens, mais n’est pas encore en train d’enterrer ses quelques plus âgés (le temps passe à la même vitesse pour tout le monde), se devait de se poser la question. Ceux qui manient l’internet avec la même virtuosité que les claviers de leurs orgues sont souvent aussi sceptiques que ceux qui il y a quelques années à peine, écrivaient leurs articles à la main. Donc, on passe une soirée à réfléchir.

 

Car on pense à l’objet, et on aime l’objet. Un beau papier, une belle couverture. Mais c’est cher et c’est lourd. Les délais d’impression font que la revue, lorsqu’elle arrive au lecteur, a déjà quelque deux mois d’âge (le temps passe). Nous sommes mi-octobre alors que nous écrivons ces lignes, et vous les lirez juste avant Noël.

Certes, mais cette lenteur, pour une équipe de rédaction bénévole et occupée, forme une sorte de protection contre cette maladie de notre temps qui fait qu’il faut être constamment accessible. Vos correspondants s’inquiètent (ou se fâchent) si vous ne répondez pas à leurs messages dans le quart d’heure. La publication instantanée de nouvelles demande une présence ininterrompue. Et le temps passe plus vite que nous.

 

J’avoue humblement ne pas me promener dans le vaste monde armé d’I-phones et de tablettes. Je vais même jusqu’à déconnecter complètement notre ordinateur privé pendant un bon mois, deux fois par an. On a beau penser qu’on n’est pas obligé de les consulter, ces appareils, mais une fois qu’on les a… on en devient l’esclave.

 

Cependant, il y a des avantages. Voilà que nous allons pouvoir imprimer notre revue quelque part dans l’espace, toute en couleurs, avec du beau papier, et cela coûtera moins cher et ira plus vite. Restera la logistique de vous faire parvenir le résultat de nos labeurs, mais disparaîtra aussi la menace de devoir augmenter les prix, réduire l’offre, et finalement sacrifier l’objet aimé. Et nous pourrons quand même mettre en ligne certaines choses que l’on ne veut pas imprimer (nous le faisons d’ailleurs déjà.). Le beurre et l’argent du beurre, donc…

 

Le danger est passé. On a senti le vent du boulet. Mais même si le temps passe, tout va pouvoir continuer comme avant, et les Tribunes de s’entasser dans nos bibliothèques, et nous de les ressortir, si elles ont été correctement archivées. Cela continuera à prendre de la place et à peser lourd. Mais même avec le temps qui passe, il y a des choses qui restent la réalité réelle. Tant mieux.

 

Guy Bovet