EDITORIAL  (66-1)

 

Paroles saintes: le pape François parle aux organistes

 

En guise d’éditorial; nous laissons la plume au Pape François : voilà le beau texte d’un discours prononcé par le souverain pontife, le 31 décembre 2013 devant une délégation d’organistes.

A méditer !

 

Chers frères et sœurs,

 

Je voudrais avant tout affirmer mon estime pour vous, rendre hommage à vos mérites, et si possible, réparer l’injustice avec laquelle la société vous traite.

 

En effet, il faut le reconnaître, vous êtes une catégorie méconnue. La place même à laquelle vous exercez votre art est cachée, invisible à la grande masse, qui, de plus, vous ignore ou ne se préoccupe pas de vous. Nos temps modernes, infectés qu’ils sont par le matérialisme, se mettent en délire pour les champions de sport, applaudissent frénétiquement les dieux du cinéma, mais ils ne savent pas apprécier votre noble art, qui se déploie dans la sphère des valeurs spirituelles les plus pures. Peu vous applaudissent ; rarement il se trouve quelqu’un pour vous adresser un compliment pour une pièce que vous avez si laborieusement préparée, et jouée avec toute votre âme.

 

Vous êtes une catégorie mal récompensée. Laissons de côté les disputes qui sont toujours détestables ; mais il est certain que vous avez choisi (et je le dis à votre louange) une branche de l’art musical qui est probablement aujourd’hui la plus désintéressée.

 

Et pourtant, vous êtes une catégorie de grand mérite. Vous rendez un service précieux à l’Eglise, vous avez un rôle de premier ordre dans le déroulement du culte sacré, vous exercez une influence bénéfique sur l’âme et l’esprit des fidèles. Car tout l’auditoire, même contre son gré, est exposé à votre action, et beaucoup de mouvements profonds et nobles de son âme, il les doit à vous qui, avec vos harmonies, atteignez les fibres les plus intimes du cœur, et suscitez en lui des sentiments d’adoration et d’aspiration à la bonté.

 

Vous êtes une catégorie glorieuse. Dans l’exercice de votre fonction, vous êtes si proches du Seigneur ! D’une certaine manière, vous aussi, comme le prêtre, êtes les délégués et les représentants de tout un peuple et vous louez Dieu en son nom : vous recueillez toutes les voix, tous les gémissements, tous les soupirs des fidèles et vous les exprimez à Dieu à travers la voix de l’orgue, tantôt joyeuse, tantôt triste, tantôt fragile, tantôt puissante.

 

De tout mon cœur, je vous ai adressé ce témoignage mérité de mon estime.

Et maintenant, permettez-moi de vous faire quelques recommandations. En effet, si votre art est noble, il vous impose aussi de graves devoirs. Quels sont-ils ?

Ils se réduisent à deux : une bonne préparation technique et un vif sens de la responsabilité.

 

Je survole rapidement le premier : il est naturel que l’organiste doive connaître son art et par conséquent avoir effectué les études adéquates (il n’y en a jamais assez !), et qu’il doive se maintenir constamment en forme, afin de ne pas se déclasser de jour en jour.

 

J’insiste sur le second : le sens de la responsabilité. Je viens de dire le pouvoir exercé par votre musique sur l’esprit des fidèles : si l’orgue pleure, ils ressentiront un sentiment de tristesse ; s’il explose en accords solennels et triomphaux, ils se sentiront envahis par un air de fête. C’est un honneur, mais aussi une lourde responsabilité. L’organiste devrait tirer de son instrument les mélodies les plus suaves et les plus célestes. Mais que dire, s’il en tire au contraire des airs profanes et des chansonnettes ? Ou si, se fiant à l’inspiration-  qu’il possède peut-être - ou ne la possède pas faute d’une préparation technique suffisante – il prétend improviser, déformant les rythmes, ânonnant de pauvres mélodies, sans force, distendues, vides, monotones, sans vie et parfois farcies de dissonances ? Ainsi, l’organiste en viendrait à déranger la solennité du rite, à blesser la sensibilité des personnes présentes, à les distraire et à les molester.

 

L’organiste conscient de son devoir aura soin de préparer diligemment ses pièces (et non de se fier à un déchiffrage balbutiant et déformé), choisissant dans le répertoire de la musique vraiment artistique et d’un caractère sacré, digne de l’Eglise et de sa sainte liturgie.

 

J’ai fait allusion à l’improvisation.

Je vous prie, chers organistes, de tout mon cœur, je vous supplie de ne pas céder trop facilement à l’envie d’improviser. Pourra bien improviser celui qui possède des dons naturels exceptionnels et une forte préparation technique. Soyez humbles : prenez un livre de morceaux de musique aussi faciles que vous voudrez, et jouez-les : même simples, ils seront au moins corrects et d’une certaine logique et, ainsi, ils contenteront l’auditoire. Mais certaines improvisations font se dresser les cheveux.

 

Je dirai pour conclure que l’organiste, s’il veut remplir son rôle vraiment bien, doit être une personne de foi et de prière. N’écarquillez pas les yeux : il en est vraiment ainsi. Si l’organiste sacré n’est pas une personne de foi et de piété, il sera comme quelqu’un qui parlerait une langue sans la comprendre. Son discours froid et sans conviction ne pourra jamais susciter parmi les auditeurs des vibrations intimes et des frémissements de l’âme. Si par contre il est une personne qui ressent sa foi, pieuse et religieuse au plus profond de son cœur, il fera naître dans les auditeurs une vague de piété, il les élèvera dans une atmosphère divine, les stimulera à de saints propos, les inspirera à un saint apostolat que le Divin Juge récompensera un jour avec abondance.

 

En attendant, je souhaite que les talents, mis au service de l’Eglise, de ceux d’entre vous qui ont accompli des études professionnelles et obtenu un diplôme académique auprès d’un conservatoire d’Etat ou de nos Instituts Pontificaux de Musique Sacrée, soient reconnus également du point de vue financier, selon les normes du canon 231 du Code de Droit Canonique, pour le plus grand avantage de l’ornement de la liturgie sacrée, qui est « le sommet vers lequel tend l’action de l’Eglise, et en même temps, la source de laquelle provient toute son énergie ».

 

Et maintenant, de tout mon cœur, je vous donne la bénédiction apostolique, et qu’elle vous accompagne dans votre ministère et votre profession d’organistes d’église.

 

Pape François

(traduction de l’italien : Guy Bovet)