EDITORIAL  (66-2)

 

Paroles saintes: le pape François parle aux organistes

 

 (Réd.) Notre éditorial du numéro de mars, qui reproduisait un texte attribué au pape François, a suscité une avalanche de messages de la part de nos lecteurs, venant du monde entier.

Celui du comte Ch.-M. de la Rocca et, quelques secondes plus tard, celui de Susan Ferré reçu des Etats-Unis apportent enfin la preuve et les références de la non-authenticité du texte qui nous était parvenu par la poste sans autre commentaire. Lire dans la rubrique « Courrier des lecteurs » de ce numéro la solution de l’énigme.

Il n’en reste pas moins que ces choses sont bonnes à dire, à lire et à imprimer.

Nous remercions très sincèrement les lecteurs qui nous ont écrit à ce sujet.

 

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Nous rendons dans ce numéro hommage, une fois de plus, à Marie-Claire Alain, disparue il y a une année à la date où nous rédigeons ces lignes, en publiant une transcription d’une interview de la RSR, réalisée par Jacques Bofford en 1978 et transcrite par un de nos lecteurs, M. Jean-Marc Pittet, que nous remercions de cette contribution. Le document est intéressant, indépendamment de la personnalité de Marie-Claire Alain, du fait qu’il a plus de trente ans et que des choses ont changé. On y aborde également quelques sujets qui restent actuels.

 

Tout d’abord, MCA en 1978 dit que l’orgue est à la mode et qu’il y a beaucoup de jeunes aux concerts. Tempi passati ! – mais, en même temps, elle tempère l’affirmation en remarquant que l’instrument n’est pas populaire (et d’ailleurs qu’il ne doit pas l’être). On trouve là une explication à ce qui, en plusieurs endroits, arrive à notre instrument : à force de vouloir faire du spécial et de ne pas sacrifier au (mauvais) goût général, on pousse l’instrument dans une voie de garage. En même temps, on est submergé de concerts d’orgue (il n’y a qu’à regarder notre calendrier des concerts !)… Mais, n’est-ce pas justement cette pléthore qui, dans une vue globale, porte remède à la situation ? On peut donc choisir entre des manifestations spécialisées et d’autres plus générales, entre le sensationnel et le minutieux, entre les instruments aussi, qui sont stylistiquement plus typés. Dans l’ensemble, tenant compte du nombre, il y a aujourd’hui probablement plus de monde qui va au concert qu’en 1978. Mais les gens ont certainement besoin de variété et de divertissement.

 

La raison donnée par MCA pour l’engouement signalé est amusante : le son soutenu de l’orgue ? Alors justement que notre artiste fut une de ceux et celles qui ont illustré une manière de jouer plus détaillée, plus ciselée ! Il est vrai que le poumon inépuisable de l’orgue attire des gens : pas besoin d’être très virtuose pour mettre le tutti, puis le pied gauche sur une note grave du pédalier, et d’enchaîner au manuel des accords de do majeur ou ré mineur.

 

Amusante aussi, la mention de la difficulté de l’instrument, à cause des trois portées qu’il faut lire simultanément. Quod, en ce cas, des pianistes qui savent réduire à vue une partition d’orchestre ?

 

Quelques questions épineuses, dont MCA se tire avec plus ou moins d’habileté, mais nous serions probablement tout aussi embarrassés : de toutes façons, la question de savoir si les organistes doivent être croyants est le genre de questions qui devrait être interdit, car cela n’a rien à voir avec la musique. Problème connexe : celui des textes des chorals (de Bach notamment, mais on veut ensuite l’étendre à Buxtehude et à d’autres) qui sent encore à plein nez son Widor et son Schweitzer, et qui ressemble à celui des titres chez Messiaen et autres. Mais évidemment, c’est surfer sur la vague qui condamne l’orgue à rester un instrument liturgique. Il peut l’être, il doit l’être, mais pas exclusivement.

 

On sourira en lisant le paragraphe sur la musique pop, et on opinera du chef en voyant ce que MCA dit des appareils électroniques. Mais de nos jours, d’aucuns voient dans la combinaison des systèmes l’avenir de notre instrument…