In memoriam “L’Orgue”
On a de la peine à y croire
: la revue [jurassienne…] indépendante « L’Orgue »,
fabriquée sur les rives du Léman par un biologiste exilé, passionné d’orgue et
de facture d’orgues (François Widmer, pour ne pas le nommer, professeur à
l’Université de Lausanne, qui a conçu et construit lui-même un instrument en son
nouveau fief de Cully), met la clé sous le paillasson après presque 30 ans
d’activité.
Jurassien d’origine, notre François, avec qui le
soussigné partage quelques fort lointains et remarquables souvenirs militaires,
avait doté en 1984 l’association des organistes de sa patrie première,
farouchement indépendante comme un certain village gaulois (mais c’est là,
n’est-ce pas, une des qualités intrinsèques du peuple de ces montagnes ?), de
son propre bulletin. Depuis, ayant retrouvé sa liberté mais toujours proche de
son ancestral terroir, avec fidélité et obstination, il a porté sa publication,
rédaction et administration, à bout de bras, presque seul, appuyé plus tard par
un efficace corédacteur dont nous parlons plus bas.
On regrette l’absence, dans ce dernier numéro 4/2012,
d’un historique complet de la vie de cette revue, car les présentes lignes sont
jetées sur le papier rapidement, sous le coup de la surprise, et, disons-le
quand même, d’un certain chagrin, et nous ne connaissons pas exactement son
histoire sans doute passionnante. Mais qui sait ? peut-être que l’un des
ex-rédacteurs voudra bien, dans un prochain numéro de la Tribune de l’Orgue,
reprendre la plume pour rappeler à nos lectrices et lecteurs cette épopée
courageuse et bénévole.
Depuis un certain temps donc, « l’Orgue » s’affichait
comme « revue indépendante », mais commençait tout de même à chaque numéro par
un édifiant billet de la présidente de l’association jurassienne Anne-Marie
Heiniger : c’était un peu le « mot de l’aumônier ». A François Widmer s’est
joint, de plus en plus souvent, Georges Cattin, dont les articles fort appréciés
et d’une profonde culture témoignaient de sa grande connaissance de notre
instrument et de son encore plus grand amour pour lui.
D’un format modeste
(elle a toujours conservé sa carrure A5), la petite et courageuse publication a
marché sur des chemins qui ressemblaient à ceux que foulait la Tribune de
l’Orgue. Les contenus se ressemblaient, et loin de se cantonner à la vie
jurassienne ou suisse romande, « L’Orgue » a souvent donné également des
articles parlant ou venant de l’étranger. Quelques divergences de philosophie
ont parfois causé de petites turbulences entre nos deux journaux, mais dans
l’ensemble, d’après de nombreux lecteurs (et lectrices), ils se complétaient
bien. D’ailleurs, nos listes d’abonnés se recoupaient en partie.
Orphelins, avec ces lecteurs et lectrices, de cette
« deuxième voix », et de ce contrechant qui nous enrichissait comme un
contre-sujet embellit un thème, nous nous retrouvons à nouveau seuls en Suisse
romande, espérant pouvoir continuer à apporter à celles et ceux qui nous lisent
une nourriture suffisante. Nous souhaitons à MM. Widmer et Cattin une
« retraite » active et agréable, et les remercions pour ce qu’ils ont apporté à
la culture organistique de notre pays.