EDITORIAL  (67-1)

 

 

La Tribune de l’Orgue, contrairement à bien des journaux, n’aime pas les mauvaises nouvelles. Il faut cependant faire parfois des exceptions. On s’était souhaité une belle année 2015: pourvu qu’elle continue mieux qu’elle n’a débuté, car elle a commencé avec quelques tristes nouvelles.

 

L’affaire bâloise (nous en parlons plus avant dans ce numéro) repose de manière lancinante la question du rapport des organistes avec leur employeur, Eglise ou autorité politique. Ainsi donc, le droit helvétique permet de licencier un employé sans raison, ou sous des prétextes futiles, comme d’improbables reproches sur la difficulté de communiquer ou l’incompatibilité d’humeur. Pourtant, un licenciement suppose des fautes graves : il n’y en a eu aucune.

 

Où donc sont les coupables ? Lorsqu’un musicien a travaillé de tout son cœur  pendant quinze ans dans une paroisse à la satisfaction de tous, comment faire croire à un argument de ce genre ? En quinze ans, il y aurait quand même eu moyen de s’apercevoir que la personne est invivable. Pourtant, il n’y a jamais eu de plainte.

Mais il suffit soudain que changent les personnes qui exercent l’autorité, et tout à coup, rien ne va plus. Il n’y a guère besoin d’être doté d’une perspicacité renversante pour faire ses déductions, et elles sont les plus simples qu’on puisse imaginer : ce sont les nouveaux qui ont tout gâté, et pas ceux qui étaient là avant eux.

 

Les rapports de travail sont tels que tous les employés, y compris les ministres, tremblent pour leur place, rentrent la tête dans les épaules et se taisent. On a peur, cruellement peur. Tellement peur que même l’association des musiciens d’église n’ose pas intervenir. Tellement peur que même les pasteurs n’osent pas non plus intervenir : il n’y a pas longtemps, l’un d’entre eux a été licencié lui aussi. Et toute cette belle histoire se passe quelques jours avant Noël. Beau message de charité et d’amour du prochain ! Faut-il s’étonner que des fidèles, dont un professeur de théologie, donnent leur démission d’une Eglise gouvernée comme une république bananière ?

 

Le décès du pasteur Pierre Vallotton, théologien, musicien, auteur de textes forts sur le rôle de la musique dans l’Eglise, fondateur de la FFAO, photographe infatigable des calendriers «Organa Europae», représentant de notre revue pour la France pendant de longues années, et même constructeur de plusieurs orgues, vient jeter un autre voile de tristesse sur ce début d’année.

 

Mais sa carrière aux multiples facettes est surtout pour nous tous une raison si forte de foi et de reconnaissance, que ce départ, qui était dans l’ordre des choses – Pierre aurait été centenaire dans deux ans – nous laisse oublier notre tristesse pour évoquer, bien au contraire, d’innombrables souvenirs heureux. Nous en partageons quelques-uns dans ce numéro.

Et dans le pénible contexte évoqué plus haut, écoutons Pierre Vallotton parler de son idéal et de sa joie d’avoir pu fonder, avec la FFAO, « dans un climat organistique divisé, durant ces dix années d’efforts passionnés, un lieu de discussion, d’écoute et de partage (…) en unité dans l’ouverture. Alléluia ! »[1]



[1] Lettre à Guy Bovet, 9 juin 1998