EDITORIAL  (64-1)

Si l’on en juge d’après la masse de nouvelles compositions qui nous parviennent constamment, la musique contemporaine pour orgue n’est pas morte. Ni d’ailleurs, malgré toutes les tentations offertes par le réseau Internet, l’édition d’œuvres musicales.

 

Mais de quoi avons-nous vraiment besoin ?

La plus grande partie de ce que nous recevons est de la musique ambitieuse, décorée de titres ronflants ou suaves inspirés de Messiaen, avec force méditations mystiques sur l’incarnation éternelle du Saint-Esprit, regards transcendants sur la Genèse ou l’Apocalypse et vivisection des oreilles : l’équivalent de la Guerre des étoiles à la télévision.

Bien sûr, les concertistes sont toujours à la recherche de bonnes œuvres concertantes à mettre à leurs programmes. Il ne faut cependant pas oublier tous les organistes qui jouent pour leur plaisir, ni surtout tous ceux et celles qui ont besoin de répertoire à jouer pour les offices. Faute de quoi, nos pauvres fidèles seront condamnés à entendre sempiternellement les mêmes partitas de Pachelbel ou de Böhm, et s’ils ont de la chance, quelques récits de cornet ou de cromorne de l’époque baroque française.

 

Ainsi donc, une fois de plus, nous voici en train de supplier les compositeurs de nous écrire de la jolie musique, pas trop longue, pas trop difficile, et n’exigeant pas un instrument à trois claviers et cinquante jeux, avec boîtes d’expression, et étendue des manuels jusqu’au La (si ce n’est Do). D’essayer de trouver autre chose pour terminer leurs chefs-d’œuvre que l’incontournable toccata, et de chercher autre chose, pour les mouvements lents, que d’impossibles et hasardeuses superpositions de rythmes en valeurs inversées.

 

Heureusement, il se fait quelques efforts. Le petit concours Lonfat-Stalder, de Finhaut, au Valais, demande que les pièces soumises soient jouables sur deux claviers et quinze jeux, sans artifice, qu’elles soient à la portée d’organistes de force normale ou même modeste. La première édition a eu lieu avec succès (même si le lauréat n’a pas pu s’empêcher de donner dans l’astronomie : cela s’appelle “Couleurs d’étoiles”, mais il y a déjà un progrès par rapport aux bondieuseries souvent hypocrites qui abondent sur le marché).

 

Il arrive que quelque compositeur, désireux d’écrire pour notre instrument, débarque à nos tribunes, avide de connaître quels “effets” on peut produire à l’orgue. Ces gens-là devraient être expulsés comme des fâcheux, sans autre forme de procès, car la musique n’est pas faite d’”effets”. Pourquoi être fasciné par tout ce qui sort de l’ordinaire, par tout ce que l’on peut faire en utilisant l’instrument de manière dénaturée ? Alors que l’idéal d’un bon compositeur devrait être de savoir écrire une pièce… pour le Bourdon seul, par exemple. A ces compositeurs, un seul conseil à donner : oubliez les “effets”, rentrez chez vous, écrivez une jolie pièce de bonne musique à jouer sur un seul jeu sans changement de clavier ni de registration, et revenez. On verra bien ce que cela vaut !

 

Guy Bovet

 

 

Lettre de la rédaction et de l'administration 2011

Chers amis facteurs d’orgues, chers annonceurs,

Vous aurez peut-être constaté qu’une revue romande accepte de publier en pleine page les mérites d’objets appartenant soi-disant au futur de la musique, et cherchant à supplanter les orgues à tuyaux.

Dans l’éditorial de ladite revue, on peut lire que cette pratique est normale et que toutes les revues, y compris la Tribune de l’Orgue, passent ce genre d’annonce depuis « fort longtemps ».

Cette allusion concerne l’annonce d’un magasin de musique qui vend et loue, selon ses propres termes, des « Orgues classiques de salon ou d’église ». On comprend par là qu’il s’agit d’instruments à tuyaux, mais malheureusement, en petits caractères, figure la mention « à tuyaux / électroniques ».

Ce détail nous avait échappé et l’annonce en question a été modifiée avec le plein accord du magasin, qui comprend et soutient notre démarche. A l’avenir, la mention de la partie électronique de l’assortiment n’y figurera plus.

Nous voudrions vous assurer par ce message que jamais la TDLO ne diffusera d’annonces, d’articles ou de recensions vantant ce genre d’instruments.

Il est vrai qu’il ne passe pas un mois sans que nous soyons sollicités pour faire de la réclame pour ces objets. Notre politique a toujours été un refus net et poli, motivé par la défense indéfectible de la vraie facture d’orgues.

Notre revue, qui est vraiment indépendante et dont les abonnés sont entièrement libres, poursuit donc sa tâche grâce à vous et votre soutien. C’est par vos annonces que nous pouvons avoir la fierté de rester parmi les très rares publications organistiques ayant résisté aux avances des vendeurs de ces substituts.

Nous concluons cette lettre en vous remerciant très vivement et sincèrement de votre soutien. En espérant pouvoir collaborer avec vous de longues années encore, nous vous adressons, chers facteurs d’orgues, chers annonceurs, nos plus cordiales salutations.

Le comité d'administration et de rédaction de la TDLO